ASSOCIATION SOLIDARITÉS TCHADO-SUISSES

Les mots de Noël Ndjékéry

Noël Ndjékéry
Né à Moundou au Tchad, Nétonon Noël NDJÉKÉRY a fait des études supérieures de mathématiques et de physique, suivies d’une spécialisation en informatique. Il exerce aujourd’hui le métier d’informaticien dans une entreprise industrielle basée près de Lausanne en Suisse. Il est marié et père de deux enfants.
Au sortir d’une enfance enracinée dans l’oralité subsaharienne, il découvre l’écriture qu’il embrasse avec passion. Depuis, il propose aux lecteurs des textes ancrés dans l’actualité et teintés d’une certaine poésie, des textes où l’humour toujours sert de digue aux débordements du destin des hommes.Son premier roman (Sang de kola, éditions L’Harmattan, 1999) convoque les principaux fléaux qui rongent le Tchad dans un village imaginaire pour mieux tenter de les conjurer. Si son précédent livre (Chroniques tchadiennes, éditions Infolio, 2008) évoque un amour contrarié dans une Afrique mitée par la haine, son dernier roman (Mosso, éditions Infolio, septembre 2011) jette un pont singulier entre son pays d’origine et son pays d’adoption.

 

À propos de l’association solidarités Tchado-Suisses
Ainsi donc le besoin de créer un cadre de rencontres, d’échanges, de partages et d’entraide s’est manifesté avec beaucoup d’acuité dans la diaspora tchadienne de Suisse à un moment où le Tchad se trouvait à feu et à sang. Plus encore, l’idée même de créer une association a été évoquée dans des circonstances particulièrement tristes. C’est en effet au cours de la verrée qui a suivi les funérailles d’un de nos compatriotes que la volonté de regrouper sous un sigle convivial les Tchadiens et les amis du Tchad résidant en Suisse ou en France voisine s’est clairement affirmée. Peu après, un comité provisoire a été mis sur pied afin de cerner le contour autant que le contenu d’une telle structure. Sauf erreur, ce n’est qu’après deux ans de travail qu’un projet de statuts et de règlements intérieurs a été proposé à un public conséquent accouru à Lausanne pour un baptême mémorable. Ainsi est né un jour de 1994 l’association Solidarités Tchado-Suisses.
Pendant les premières années de son existence, l’association s’est surtout attachée à organiser des manifestations pour permettre à ses membres de se retrouver et d’apprendre à se connaître. C’est durant cette période qu’ont été ritualisés notamment la Fête tchadienne, le Pique-nique tchadien et l’Atelier de cuisine tchadienne. Parallèlement, l’association a collaboré avec la Fondation Education et développement de Lausanne dans l’accueil de plusieurs volées consécutives d’étudiants de l’Ecole normale d’instituteurs de Ndjamena en stage en Suisse. Sur un don de Terre des Hommes Genève, elle a aussi pu renflouer une fois la maigre bibliothèque de l’Ecole normale d’instituteurs de Ndjamena. Enfin, en point d’orgue de son dixième anniversaire, elle a pu recevoir (grâce à l’ONG genevoise, Utopie Nord-Sud, et à la Direction du développement et de la coopération) le Ballet national du Tchad pour une tournée en Suisse romande.

Tout astre ayant atteint son zénith ne peut que redescendre. Telle est la dure loi qui règle le ballet des étoiles. Il n’en a donc pas été différemment de notre association. Effectivement, en quittant le sommet où l’a portée la commémoration de ses 10 ans, celle-ci a failli mourir. Lors d’une assemblée générale tenue à Yverdon-les-Bains, elle a échappé d’une seule voix à la signature de son acte de décès. Depuis cette douloureuse parenthèse, elle s’est ressaisie, a heureusement repris son envol et est repartie à la conquête du firmament sous l’égide d’un équipage jeune et dynamique. Tout bien pesé, le vrai miracle à inscrire jusque-là à son crédit est d’avoir réussi à survivre à toutes les tempêtes qui ont secoué la communauté. C’est la preuve que nous croyons tous en son utilité.
En 2014, nous fêterons son 20ème anniversaire. Ce sera l’occasion de rappeler qu’elle ne sera jamais que ce que nous, ses membres, voudrons bien faire d’elle. Qu’elle ne restera vive que si chacun d’entre nous lui prête souffle.

À propos de la communauté Tchadienne vivant en Suisse
La communauté tchadienne de Suisse était peu nombreuse à l’orée des années 80. Elle se composait essentiellement de quelques étudiants, de fonctionnaires des Nations Unies et de leurs familles. En l’espace d’une vingtaine d’années, elle a grossi au point de refléter maintenant une bonne part de la diversité démographique du pays de Toumaï. Cependant, à l’image de toute population exilée, elle est habitée par son pays d’origine et vit au diapason des événements heureux ou malheureux qui rassemblent ou, au contraire, divisent celui-ci. Or, pendant longtemps, le Tchad a été l’épicentre de sanglants déchirements dont les répliques n’ont pas manqué d’affecter la communauté. C’est donc tout sauf un hasard si celle-ci a éprouvé le besoin de s’offrir un cadre de rencontres et d’échanges autour des années 90, c’est-à-dire au moment même où le Tchad traversait une de ces zones de hautes turbulences auxquelles il était abonné. La naissance de l’association Solidarités Tchado-Suisses constitue de ce fait un modeste mais cinglant démenti aux prophètes de la discorde qui poussaient alors les Tchadiens à s’entretuer.
Aujourd’hui, le Tchad semble sortir peu à peu du cycle infernal des conflits armés. Et cette paix relative a des répercussions positives sur la communauté tchadienne de Suisse. Notamment, parce qu’il n’y a là-bas plus de guerres ouvertes pour nourrir la méfiance entre ses membres. Il est donc souhaitable que cette communauté, qui connaît de l’intérieur le fameux esprit de concorde helvétique, se renforce, s’organise et se serre encore davantage les coudes de manière à faire rejaillir un peu du savoir-vivre-ensemble suisse dans son pays d’origine.

Concernant son dernier livre MOSSO
Dendo est une adolescente tchadienne travaillée au corps par les démons de la puberté. Elle se fait surprendre en pleins préliminaires amoureux avec l’un de ses voisins. Pour sauver l’honneur de ses parents, elle se voit obligée d’épouser ce professeur de sport qui a presque le double de son âge.
Mais, dans ce couple improbable, l’amour finit quand même par germer. Et le couple attend un heureux événement quand le drame vient le pulvériser.  Dendo assiste, impuissante, à l’exécution de son mari qui se fait jeter sous un camion lancé à toute vitesse par deux types enturbannés. Ceux-ci profitent ensuite de la confusion provoquée par l’accident pour disparaître dans les dédales de Ndjamena. En état de choc, Dendo fait sur place une fausse couche. Traumatisée par ce double deuil, elle refuse la diya, le prix du sang, que lui propose le chauffeur du camion alors même que la police et sa propre famille l’exhortent à l’accepter pour solde de tout compte. Par contre, elle tient coûte que coûte à savoir pour quoi et par qui son homme a été tué …
Ainsi le livre cible d’entrée l’une des plus grandes plaies dont souffre le Tchad de nos jours : l’impunité. Depuis l’indépendance, tous ceux qui réussissent à s’asseoir sur le trône à Ndjamena ne se privent pas d’appliquer une politique intensive d’arrestations arbitraires, de tortures et d’assassinats avant de céder la place. Or, leurs tortionnaires patentés ne sont que très rarement déférés devant la justice. A l’avènement de chaque nouveau régime, ceux-ci reprennent aussitôt du service et poussent souvent le culot jusqu’à aller se pavaner sous le nez de leurs anciennes victimes. Ce face-à-face tendu de souffrances d’un côté, de cynisme de l’autre m’est devenu tellement intolérable que j’ai décidé de prendre ce sujet par les cornes.
Chaque fois qu’une veuve crie, qu’un orphelin pleure ou qu’un bourreau ricane, c’est la mémoire des Tchadiens qui saigne. Ce sont les rancunes qui gagnent en racines, et le désir de vengeance qui enfle. Un bras vindicatif finira par frapper. Un autre lui répondra. Et de vendetta en vendetta, les armes de guerre, abondamment répandues dans le pays, finiront par s’en mêler. Et ce sera un retour assuré à la case « guerres civiles ».
Davantage quête de vérité qu’enquête policière à proprement parler, Mosso, conduira son héroïne du Tchad en Suisse, composant ainsi une fresque sociale où se retrouvent ma terre d’origine et ma terre d’adoption. En effet, parachutée malgré elle dans cette Helvétie qui se veut championne du droit et de la démocratie, Dendo sera prise dans les filets de cette mondialisation biaisée qui favorise plus la recherche effrénée du profit et des plaisirs immédiats que la promotion des valeurs dignes d’être universalisées comme le commerce équitable, le respect des droits humains ou la démocratie.

Bibliographie 
  « Mosso », roman, Editions Infolio, Gollion, 2011.
 « Goudangou ou les Vicissitudes du Pouvoir », théâtre, Éditions Sao, Ndjamena, 2011 ;
  « Chroniques tchadiennes », roman, Editions Infolio, Gollion, 2008.
 « Sang de Kola », roman, Éditions L’Harmattan, Paris, 1999 ;
 « La Descente aux Enfers », nouvelles (ouvrage collectif), Éditions Hâtier, Paris, 1984 ;

 

 

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